COMMENT ÉCRIRE UN BEST-SELLER – LA FAQ ULTIME !

alphaspirit_bestsellerATTENTION : Prière de lire l’article jusqu’au bout avant de couler une bielle !

Vous avez dû remarquer que, depuis quelque temps, Internet regorge d’offres toutes plus alléchantes (et plus onéreuses) les unes que les autres, vous promettant de faire de votre livre le succès de l’année, voire du siècle. Livres, sites internet, forums, blogs, réseaux sociaux, clubs d’écriture, ateliers, il y en a partout !

« Devenez écrivain » ; « Comment réussir à faire publier votre premier roman » ; « Faites de votre livre un succès » ; « Comment écrire un roman jeunesse » ; « Devenir Écrivain Simplement »… Tout pour vous aider à devenir le prochain Dan Brown.        

Pourquoi un tel foisonnement d’offres en tout genre ?

Parce qu’écrire son propre bouquin, c’est top tendance ! Même les sportifs s’y mettent, c’est bien la preuve que ça peut rapporter gros, non ?

Allez, dépêchez-vous, vous allez rater le coche !

 

J’ais envis d’écrire un roman met jeu suit nul en fransais. Comand je fé ?

 

Mais où avez-vous vu qu’il fallait savoir écrire pour publier un livre ?

Tous les sites spécialisés vous le diront :

« Le plus important, c’est vous et votre personnalité ! »

« Jouez de votre différence »

« Explorez votre richesse intérieure »

 et « Votre talent inné » pour inventer des histoires.

« Votre originalité », quoi !

D’ailleurs, vos collègues, parents et amis Facebook ne vous ont-ils pas dit, en parcourant votre prose, que c’était « super bien écrit » et « hyper original » ? « Qu’on y croyait vraiment » et que « vos personnages étaient super réalistes et hyper attachants » ?

Vous voyez bien !

 

 

Qu’est-ce que je raconte dedans ?

 

Votre vie.

Votre récit doit respirer le réel, sentir le vécu, faire savoir au lecteur que, derrière le texte, il y a une personne extraordinaire qui a surmonté des épreuves certes ordinaires mais avec quel panache ! Quelqu’un qui mérite des centaines d’amis, des milliers de bonnes critiques et des millions de « like » !

N’hésitez pas à multiplier les références à vos expériences et à donner votre avis sur tous les sujets – même si vous ne les maîtrisez pas totalement. Dites-vous que ceux qui liront votre prose n’en connaissent, le plus souvent, pas plus que vous.

L’important, c’est de faire bien sentir que vous écrivez avec vos tripes, à défaut de vos pieds !

 

 

Une fois que j’ai fini, comment trouver un éditeur ?

 

Que cela soit clair : c’est vous qui choisissez un éditeur, rarement l’inverse – jamais l’inverse, même, pour certains.

Dans cette délicate opération, il va falloir faire preuve de flair et se poser les vraies questions, celles qui fâchent :

« Cet éditeur est-il digne de vendre mon livre ? »

« Publie-t-il des tocards qui risquent de ternir mon image ? »

« Va-t-il pouvoir imprimer le nombre suffisant d’exemplaires pour faire face à la demande ? »

Vous l’aurez compris, si vous voulez jouer dans la cour des grands, il faut choisir un grand éditeur ayant, de préférence, une branche internationale car votre french touch intéressera très probablement le marché américain.

À moins, bien sûr, que vous ne préfériez donner sa chance à un petit éditeur qui, grâce à votre livre, pourrait créer le buzz et se hisser au sommet, à la surprise générale du milieu et de la presse. Cela peut avoir son charme mais c’est un peu plus long.

Après, c’est un choix, bien sûr.

 

 

Il paraît que les éditeurs ne lisent pas les manuscrits reçus par la poste.

 

C’est vrai dans 99% des cas.

Faites le test, ce n’est pas compliqué : il suffit de comparer les navets mal écrits qui sortent et l’œuvre sur laquelle vous, vous avez sué sang et eau. La différence de qualité et de travail entre les deux est immédiatement visible, c’est indéniable.

Si les éditeurs prenaient la peine de lire des manuscrits originaux et vraiment travaillés, les librairies seraient pleines de livres de qualité, ce qui est loin d’être le cas.

Il faut donc qu’un manuscrit qui arrive chez un éditeur attire vraiment l’œil pour avoir une chance d’être lu (et donc publié car personne, à moins d’être simple d’esprit, ne risquerait de laisser filer un tel bijou chez un concurrent.).

 

 

Comment présenter son manuscrit pour qu’il soit remarqué ?

 

Il faut que le manuscrit soit à l’image de l’auteur, donc, le plus extraordinaire possible. Il doit dénoter immédiatement dans l’énorme pile d’imprimés que l’éditeur reçoit chaque jour.

Pour cela, une couleur de papier originale me paraît pertinente.

À choisir en fonction du thème abordé, bien sûr, car, inconsciemment, la personne qui aura le manuscrit en main associera votre livre à un genre : rose pâle pour un roman sentimental, par exemple ; beige pour un roman historique ; violet pour de la SF ; bleu pour du polar, etc.

Si, en plus, il est délicatement parfumé, là, c’est la cerise sur le gâteau !

Le choix de la police de caractères et sa couleur aussi sont fondamentales. Elles doivent, là encore, être à votre image et sublimer votre œuvre.

Par exemple, pour un roman sur les vampires, un manuscrit imprimé en caractères noirs de style gothique sur papier vermillon me paraît tout indiqué. Pourquoi ne pas aussi accrocher à la reliure un petit morceau de dentelle parfumée ?

Il vous appartient de faire preuve d’imagination et de culot – car il en faudra, pour présenter un manuscrit pareil !

 

 

Faut-il répondre aux lettres de refus des éditeurs ?

 

Bien sûr !

C’est même indispensable.

N’hésitez pas non plus à appeler et à exiger le nom de la personne qui a refusé votre manuscrit sans le lire (oui, si elle l’avait lu, elle ne l’aurait pas refusé. CQFD).

Appelez-la, demandez-lui ce qui a motivé son refus et ne vous contentez pas de prétextes vagues, prenez-la en faute ! Faites-lui bien comprendre que vous savez qu’elle n’a pas lu votre livre et que vous pouvez le prouver !

 

Comment prouver à un éditeur que mon manuscrit n’a pas été lu ?

 

Vous n’êtes pas tombé de la dernière pluie et il faut que les éditeurs et les autres auteurs en soient bien conscients si vous voulez vous faire respecter !

Plusieurs techniques peuvent être utilisées, pour savoir si votre manuscrit a été lu ou non.

L’une d’entre elles consiste, comme dans les films d’espionnage, à coller un cheveu entre deux pages. Si le cheveu est intact, lorsque vous récupérez le manuscrit, bingo ! C’est qu’il n’a pas été lu.

Des variantes peuvent être utilisées comme, par exemple, coller les coins de deux pages ensemble.

Vous pouvez aussi « oublier » volontairement les trois dernières pages du manuscrit et conclure par « Vous voulez connaître la fin ? Appelez-moi au 06 60… ». C’est plus dangereux mais là, vous vous ferez incontestablement remarquer.

 

 

Est-il préférable de proposer moi-même une couverture ?

 

Évidemment.

Les initiatives de ce genre enchantent les éditeurs et sont la preuve qu’ils n’ont pas affaire à n’importe qui.

Pour vous, c’est une nouvelle occasion de prouver votre maîtrise de plusieurs aspects de la création littéraire. Une chance de faire la différence que vous ne devez rater à aucun prix !

D’ailleurs, à la fin de l’article, vous trouverez une liste de prestataires de services qui, pour un prix ridiculement bas, vous aideront à réaliser une couverture inoubliable si vous donnez le code promo suivant : Graph Premium Spécial Best-seller.

 

 

Une photo d’auteur est-elle nécessaire sur la couverture ?

 

C’est même fondamental !

S’il y a bien une chose qui ne doit pas être négligée, c’est ça ! Un livre sans votre tête dessus, c’est un livre fichu !

Regardez autour de vous, la TV, les journaux, Internet… Le pouvoir de l’image, tout le temps, partout.

Une bonne photo d’auteur permet de savoir au premier regard si vous pourrez passer aisément à l’image, qu’il s’agisse de TV ou de presse nationale, car vous le savez comme moi : sans TV et sans presse, un éditeur ne pourra pas faire connaître votre livre et, sans promotion adéquate, pas de Best-seller !

Une bonne photo est donc essentielle.

À la fin de l’article, vous trouverez une liste de photographes spécialisés qui, pour une somme modique, sauront faire ressortir toute l’âme de l’Auteur qui est en vous. Code promo : Autor Press Celebrity VIP.

 

 

Et si, après avoir suivi ces conseils à la lettre, je ne trouve toujours pas d’éditeur ?

 

Impossible !

Ou alors, ce sera la preuve indéniable que votre talent se situe à un niveau autrement plus original et novateur que ce qu’un éditeur classique est en mesure de gérer.

Une seule solution, dans ce cas : vous adresser directement aux lecteurs du monde entier en usant de la nouvelle tendance éditoriale qui cartonne sur les cinq continents – et même au-delà ! Une révolution culturelle qui est en train de devenir la nouvelle norme : la World Autoédition !

Avec la World Autoédition, plus de papier, plus de frontières, plus d’éditeur. Juste vous, vos lecteurs et la possibilité de vendre des centaines de milliers d’exemplaires !

Non, ce n’est pas un rêve !

Pour en connaître tous les secrets, je vous invite à acheter mon dernier livre : Faire un Bestseller mondial grâce à la World Autoédition ! (Attention, plus que trois jours de promotion à -50%, après, il sera trop tard ! Dépêchez-vous avant qu’il n’y ait plus de bande passante disponible !)

 

 

Et souvenez-vous toujours de l’essentiel : votre livre, c’est VOUS !

 


Alors ? Convaincus par mes conseils  et prêts à faire un Best-seller ?

Non ? Je m’en doutais. Je n’ai aucun avenir comme coach littéraire…

Pourtant, croyez-le ou non, je n’ai, hormis le ton un chouia sarcastique (bon, un peu plus qu’un « chouia », d’accord !) rien inventé ici.

Ces conseils farfelus, qui pourraient se résumer par « ce qu’il ne faut surtout pas faire si vous voulez être publié », ces « astuces » grossières et ces exhortations pseudo-élogieuses dignes des pires gourous du développement personnel et de marketeux sur le retour, je les ai trouvés sur Internet et dans les livres du genre Devenez écrivain en 30 jours ou Comment écrire un roman à succès, qui pullulent sur les étagères virtuelles des librairies en ligne.

Si !

Lorsque mon regretté confrère Ayerdhal avait dénoncé, l’an dernier, sur Facebook, une bande de sagouins peu scrupuleux qui promettaient de transformer le bouquin de n’importe quel pinpin en Best du siècle moyennant finance, j’ai, par curiosité, tapé les mots « devenir écrivain » sur google et là, je n’en ai pas cru mes yeux !

Certains promettent la lune avec des arguments tellement fumeux que cela ne mérite même pas de perdre une minute pour s’arrêter dessus.

D’autres, qui n’ont jamais publié une fiction de leur vie autrement qu’en autoédition, ou chez un sombre éditeur provincial, vous vendent la recette infaillible pour écrire des romans sentimentaux, ou de la littérature jeunesse.

Et, quand des sociétés de communication s’y mettent, on vous assène, sous couvert de recettes marketing éculées, qui pourraient aussi bien s’appliquer à des boîtes de conserve qu’à des écrous de 12, des évidences ampoulées truffées d’anglais poudre-aux-yeux pour vous vendre un DVD, un livre, un classeur ou un cours spécialisé en vous expliquant que « pour qu’un livre soit un succès, vous devez définir votre Unique Selling Proposition. » (Je vous jure que je ne change pas un mot !). Mais, si vous n’avez pas tout compris, peut-être devriez-vous acheter leur petit classeur 1 mois pour écrire du contenu qui fait rêver.

En effet, on croit rêver mais non (hélas !).

Bref, tout ça pour dire quoi ?

Simplement que la recette du best-seller n’existe pas ! Tous ces gourous, qui vous vendent des livres et des conseils d’écriture pour pondre le bouquin de l’année, ne veulent qu’une seule chose : votre argent !

S’ils connaissaient les recettes du livre à succès, ils ne vous les vendraient pas pour quelques euros ; ils s’en serviraient pour en écrire un eux-mêmes. C’est un peu comme ces « coaches de vie » dépressifs, en instance de divorce, qui vous proposent de rééquilibrer votre existence ; ou ces nutritionnistes obèses, qui vous vendent des régimes amaigrissants infaillibles sans effort.

C’est une chose qu’un auteur professionnel, ou un éditeur, vous fasse partager son expérience de l’édition mais c’en est une bien différente que de se faire passer pour ce qu’on n’est pas et de profiter honteusement de la crédulité de certains naïfs, persuadés que n’importe qui peut écrire n’importe quoi.

Alors, bien sûr, on nous ressert à l’envi, et surtout à titre de preuve, quelques coups marketing de l’édition tendant à prouver que, en investissant le temps et l’argent nécessaire, on peut faire un Best-seller avec à peu près tout.

Et si vous n’êtes toujours pas convaincu, rebelote du énième blogueur qui va, une fois encore « dénoncer » l’hypocrisie de l’édition en brandissant la lettre de refus reçue alors qu’il avait envoyé, en guise de manuscrit, un roman d’Alexandre Dumas !

Vous vous rendez compte ? Un grand éditeur a refusé un roman de Dumas !  C’est bien la preuve que tout ça, c’est de la fumisterie et qu’il suffit juste d’être plus malin qu’eux, non ?

Et là, moi, je ne peux m’empêcher d’imaginer la scène au service de tri de la maison d’édition…

– Euh… Juju, écoute ça, tu vas rigoler : « …  de trouver ci-joint mon manuscrit, un roman historique qui se déroule en France, à l’époque de Louis XIII, et raconte l’histoire d’un jeune homme venu de sa province pour s’engager dans le corps des mousquetaires du roi. ».

– Tu crois qu’il espère vraiment faire mieux que l’original ?

– Ah ! Ma Juju… Quand je vois ce qu’on nous apporte, je suis désespérée. Envoie-lui une lettre type. On ne va pas embêter les éditeurs avec ça.

Ouais… Vraiment un monde à part, l’édition, c’est sûr.

C. Rodriguez

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6 Responses to COMMENT ÉCRIRE UN BEST-SELLER – LA FAQ ULTIME !

  1. Estel says:

    Bonjour et merci pour cet article savoureux et à l’analyse ô combien juste 😉
    Je suis moi-même éditrice (non, ne me jetez pas de tomates pourries !) et je peux vous dire que nous lisons bien les manuscrits (mais que cela prend souvent beaucoup plus de temps qu’on le voudrait). Chaque maison d’édition a sa structure, et surtout son comité de lecture qui lui est propre, donc les délais sont variables d’un éditeur à l’autre.
    Même si beaucoup d’écrivains publiés disent à juste titre qu’il faut parler de préférence de ce qu’on connaît, il ne faut pas en tirer la conclusion qu’il faut forcément écrire son autobiographie et qu’elle va se vendre à des millions d’exemplaires !
    Ecrire est un travail, d’imagination certes, mais aussi d’écriture : il faut étoffer ses personnages, son univers, s’informer sur le contexte historique que l’on veut exploiter et savoir en parler sans tomber dans le didactisme, distiller les informations afin de créer du suspense, etc.
    Ce n’est pas inné. Cela peut s’apprendre à condition d’accepter de prendre du recul par rapport à son manuscrit, d’analyser les livres publiés pour comprendre ce qui fait qu’ils sont réussis (ou non) et d’accepter la critique si elle est constructive.
    Mais je m’arrête là, car Cristina en parle beaucoup mieux que moi… et c’est beaucoup plus drôle 😉
    Bonnes fêtes à tous !

  2. khaled haddad says:

    c’est d’un humour, celui que j’adore

  3. Floria Tosca says:

    Truculent votre article ! Merci de m’avoir fait rire.

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