QUESTIONS D’AUTEURS : Comment réagir à une mauvaise critique ?

reagir001“(…) À chaque fois que j’ai une mauvaise critique sur un blog ou sur Amazon, je suis déprimé durant des jours. Je ne sais pas si je dois y répondre ou me taire. Et vous ? Comment réagissez-vous aux mauvaises critiques ? (…)”

“(…) je suis dégoûtée, c’est à me donner envie d’arrêter d’écrire ! Comment tu fais, toi, pour rester zen ?(…)”

“(…) Que faire, face à des critiques que l’on sait être volontairement malintentionnées ? (…)”

“(…) J’ai eu ma première critique sur un blog. Elle m’a donné envie de jeter mon ordinateur par la fenêtre et de picoler jusqu’à tomber raide mort ! (…)”

 

Les questions, ou réflexions, d’auteurs au sujet des mauvaises critiques postées sur les blogs, réseaux sociaux, forums et sites d’achat reviennent si souvent, ces derniers mois, que j’ai décidé de vous faire à tous, et même à ceux qui n’en demandaient pas tant, une réponse “groupée” ! 😀

 

Comment réagir à une mauvaise critique ?

 

reagir003En ce qui me concerne, très simplement : je ne réagis pas ! 😉

Bah, nan !

Surpris ? Il ne faut pas et je vais vous expliquer pourquoi.

D’une part, parce que ces mauvaises critiques, je ne les vois pas.

Les attachés de presse des maisons d’édition n’envoient généralement aux auteurs que les copies des articles parus dans la presse “professionnelle” (dont les journalistes se fendent habituellement d’une critique lorsqu’ils ont aimé un livre), pas sur les blogs ou les fanzines Internet.

Ou c’est parce que les attachés de presse en question n’ont pas réussi à décrocher d’articles dans la presse traditionnelle et qu’ils essayent désespérément de prouver que, oui, promis, ils ont essayé de faire la promo du bouquin mais que y’a-pas-moyen-avec-les-élections / grèves / attentats / catastrophes naturelles / jeux olympiques et-la-sortie-du-nouveau-Musso / Vigan / Houellebecq / Angot / Levy / Nothomb (rayez les mentions inutiles) donc Oui, bon, d’accord, c’est juste un blog. O.K., y’a une faute d’orthographe à chaque phrase mais bon, c’est mignon, quoi, non ? Alors les critiques sur les sites de vente ou les forums, n’en parlons même pas ! À moins d’avoir du temps à perdre (et je ne connais aucun confrère qui ait plus de quelques grammes de cette rare denrée en stock) et de traquer la moindre allusion à vos bouquins sur un moteur de recherche, vous n’en voyez jamais la queue d’une !

D’autre part, parce qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, c’est comme ça, et qu’il faut se faire une raison.

Et, enfin, parce que, derrière une critique vraiment mauvaise – surtout si elle est particulièrement fielleuse et que votre détracteur s’y est copieusement étalé (certains réussissent même à écrire des commentaires incendiaires trois ou quatre fois plus longs que le quatrième de couverture !) – se cache parfois un problème qui n’a rien à voir avec votre livre…

 

Que cache une très mauvaise critique ?

 

Prenons un exemple tout bête : disons que vous n’aimez pas les salsifis.

Oui, je sais, l’exemple peut paraitre un étrange, de prime abord, mais vous allez vite comprendre où je veux en venir.

Vous n’aimez pas les salsifis, donc.

Vous n’en mangez pas, voilà tout. Et si, par mégarde, vous achetez un plat préparé qui en contient, vous rouspéterez quelques instants contre l’étiquetage, qui manque de clarté, mais ça n’ira pas plus loin.

Vous n’allez pas publier un commentaire ordurier sur le site de Monoprix, par exemple, ou passer 4 ou 5 heures devant votre écran à rédiger un long article expliquant à quel point vous détestez les salsifis, pourquoi vous avez raison de les détester et les motifs pour lesquels il faut absolument vouer aux mêmes flammes éternelles ceux qui les cultivent, ceux qui les vendent et ceux qui s’en régalent. À moins, bien entendu, que vous ne souffriez de troubles mentaux sévères – ou que l’ex petite copine qui vous largué la semaine dernière soit justement productrice agricole spécialisée dans le petit légume honni, ce qui explique pourquoi vous en avez aussi gros sur la patate !

Eh, bien, pour un livre, c’est exactement la même chose.reagir004

Vous n’aimez pas le livre que vous venez d’acheter ?

Très bien. Vous arrêtez de le lire et le jetez dans un coin, point final. Vous savez que cet auteur n’est pas votre genre et vous ne lirez plus ses histoires. Au pire, si vous êtes vraiment déçu, laisserez-vous une critique du genre Je pensais que ce roman serait plus ceci ou moins cela, dommage, ne j’ai pas accroché. Voilà tout. Trois ou quatre lignes maxi. Simple. Clair. Précis. Une simple constatation. Aucune hargne, vulgarité ou agressivité. En un mot : normal.

En revanche, si quelqu’un pousse le masochisme jusqu’à s’imposer des heures d’écriture assassine ayant pour sujet le roman qu’il exècre et, parfois même, la lecture de plusieurs livres d’un auteur qu’il dit pourtant détester, c’est comme pour les salsifis : le problème vient d’ailleurs.

S’agit-il d’un écrivain raté qui vous voue une haine irrationnelle pour avoir écrit l’histoire qu’il aurait aimé publier ?

D’un inconnu qui s’est senti visé par l’une de vos piques ou l’un de vos coups de gueule ?

D’un blogueur/journaliste/critique à qui l’éditeur a refusé un service de presse ?

D’un “ami” Facebook, twitter ou d’un pinpin croisé sur un salon que vous avez remis un peu sèchement en place ?

D’un blogueur/chroniqueur autoproclamé qui pense que descendre un bouquin en s’étalant sur 15 feuillets, c’est prouver à quel point il est doué comme critique ?

D’un adepte de méthodes de sape douteuses ?

Ou tout simplement (et c’est beaucoup plus fréquent qu’on ne le pense !) de quelqu’un qui vous en veut parce que votre livre a éveillé en lui des sentiments qui le mettent mal à l’aise ?

Peu importe. Les raisons d’une critique excessivement acerbe peuvent être multiples.

 

Une “mauvaise critique” n’est pas forcément une “mauvaise chose”

 

Non, non, rassurez-vous, je ne vais pas vous servir le bla-bla faux-jeton typique :

Oui, mais tu comprends, les critiques argumentées, ça aide vachement à progresser, toussa !

Certes, les critiques (argumentées ou non) peuvent vous aider… si elles sont faites par votre éditeur, votre correcteur, quelqu’un du métier – ou même des lecteurs – mais ces gens ne se permettront JAMAIS de les balancer sur Internet ! Ils vous en parleront en privé car, si leur but est réellement de vous aider ou de vous signaler un problème, ils n’iront pas prendre prétexte d’un oubli, d’une coquille ou d’une maladresse pour essayer de se faire mousser à vos dépens, prouvant ainsi à la terre entière à quel point ils sont doués pour juger un texte, ou y trouver des failles éventuelles (du moins, ce qu’ils considèrent comme telles).

Lorsque je dis qu’une mauvaise critique n’est pas forcément une mauvaise chose, je fais allusion à trois vérités toutes simples, pas très agréables, mais que vous devez à tout prix vous mettre dans la tête, si vous voulez faire votre trou dans le métier :

reagir0051/ La bonne vieille sentence “Qu’on en parle en bien ou en mal, l’essentiel, c’est qu’on en parle !” est vraie.

Si, si, je vous en donne ma parole. Peu importe qu’un blogueur ou un forum se déchaine contre vous, dès l’instant qu’ils citent votre livre et vous citent vous.

Pourquoi ?

Parce que ce débordement de haine va forcément provoquer de la curiosité auprès de lecteurs potentiels, que vous n’auriez sans doute jamais touché autrement :

Tiens, c’est marrant, que tout le monde se déchaine contre ce livre ! Je me demande bien ce qu’il peut avoir de si terrible, pour que tout ces gens en parlent avec autant d’énergie !

Des exemples concrets ? Et si je vous dis “Fifty Shades Of Grey” ; “Central park” ou même “Merci pour ce moment” ? Ces livres ont été descendus par les critiques, les lecteurs et piratés en masse ; pourtant, ils se sont vendus comme des petits pains…

2/ Une très mauvaise critique fait toujours plaisir… aux autres. Qu’ils soient lecteurs, concurrents ou “amis”.

Oui, je sais que, dans le jardin merveilleux des Bisounours, les gens compatissent aux problèmes de leur prochain, s’entraident et s’encouragent mutuellement pour le bien de tous. Seulement, le paradis des Bisousnours, ça n’existe pas et la première chose que les internautes consultent (avec un plaisir parfois coupable, d’ailleurs), lorsqu’ils cherchent des opinions sur quelque chose, ce sont les commentaires les plus durs et les plus trash.

Ça vous étonne ?

Pourtant, dans un monde où les gens se créent des vies virtuelles aussi fausses que parfaites, où ils vont jusqu’à faire des dépressions, en voyant leurs “amis” Facebook poster des photos de leurs conjoints archi-superaimants-compréhensifs-et-tout, de leur chien fidèle-qui pourrait-mourir-pour-eux, de leurs enfants-surdoués-dont-ils-sont-leur-meilleur-ami et de leurs vacances-de-rêve-made-in-catalogue-carrefour, voir quelqu’un, qu’ils estiment, à priori, être plus “heureux” ou plus “célèbre” qu’eux, être insulté ou attaqué, ILS ADORENT !

Peut-être même qu’ils vont acheter votre bouquin parce que “Bon, allez ! C’est pas du Proust mais le sujet n’est pas mal, les première pages sont bien écrites et il n’y a pas deux fautes d’orthographe à chaque mot. J’essaye, je verrais bien !”

Vous voyez où je veux en venir ?

Les critiques très méchantes vous rendent sympathique, vous, qui en êtes la victime.  Et elles ont l’avantage non négligeable de calmer vos détracteurs, qui seront ravis, et rassurés, de voir que quelqu’un vous a fait la peau, faisant ainsi dégonfler (bien qu’involontairement) leur trop plein de rancoeur à votre endroit, comme un ballon de baudruche.

3/ Une mauvaise critique peut vous aider à reposer régulièrement les pieds sur terre !

Lorsque la critique est l’expression de la déception d’un VRAI lecteur, c’est à dire de quelqu’un qui n’aime tout simplement pas ce que vous faites, elle peut vous remettre les idées en place.

Ce genre de claque vous rappelle, de temps à autre, que non, vous n’êtes pas une star ; non, personne n’est parfait et non, non, non et non, et pour la centième fois, VOUS NE POUVEZ PAS PLAIRE À TOUT LE MONDE ! C’est comme ça, c’est la vie, alors arrêtez de chouiner.

 

En conclusion

 

Négatives, ordurières ou simplement dépitées, les critiques ne doivent donc pas vous miner, et encore moins vous faire réagir (sauf, bien entendu, si elles sont ouvertement insultantes ou menaçantes).

reagir006Soit elles sont la simple expression d’une déception, et je le répète une fois encore, il faut vous faire une raison. Soit, lorsqu’elles sont interminables et enragées, elles sont l’œuvre de quelqu’un qui a davantage besoin d’un psy que de l’un de vos livres. Dans un cas comme dans l’autre, vous ne pouvez rien faire, donc, inutile de vous passer la rate au court-bouillon !

De plus, sachez que, sur des librairies en ligne comme la FNAC ou Amazon, les critiques sont très très rares (je parle des romans en général, bien sûr, pas des livres très spécialisés – romans sentimentaux, gais, lesbiens, poésies, etc. – s’adressant à des lectorats très réduits, et généralement très très actifs).

Alors, même si vous avez quelques mauvaises critiques, qu’est-ce que ça représente, par rapport au nombre total des lecteurs satisfaits, franchement ?

Vous savez, il y a quelque chose qui ne trompe pas, même si je sais qu’en France, parler argent ou commerce dès lors qu’il s’agit de culture relève du crime de lèse-majesté : les courbes de vente.

Si vous vendez régulièrement des livres, c’est que vous avez trouvé votre public et lui devez donc le meilleur de vous. Le fiel de quelques pseudo-critiques littéraires/blogueurs en mal de reconnaissance, ou les commentaires d’une poignée de lecteurs qui, à un moment donné, ont choisi par erreur le livre qui ne leur convenait pas, ne doivent pas vous détourner de l’essentiel : votre travail et votre lectorat.

Plutôt que de perdre votre temps avec des gens qui ne vous aiment pas, ou n’aiment pas ce que vous faites, consacrez-le donc à ceux qui vous font vivre et attentent impatiemment votre prochain livre. Ils le méritent ! ^____-

Cristina Rodriguez

Illustrations : Boris Alexeev


 

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23 réponses à QUESTIONS D’AUTEURS : Comment réagir à une mauvaise critique ?

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