Visite au sanatorium « hanté » de Aigües De Busot

vue_du_cielJ’ai visité, avec trois compagnons courageux, le sanatorium supposément hanté de Aigües De Busot, dans la province d’Alicante, en Espagne.

Ancien hôtel de luxe du XIXè siècle où les gens fortunés se rendaient en villégiature ou pour des cures thermales reconnues depuis l’antiquité, cette grande battisse trône au sommet des montagnes, au coeur du panorama époustouflant de la sierra del Cabezón de Oro.

 

 

Une institution de cures thermales de luxe transformée en sanatorium pour enfants

 

bains

actuelAu début des années 30, l’état espagnol réquisitionna le luxueux complexe hôtelier Miramar  pour le transformer en sanatorium destiné aux enfants tuberculeux.

L’air vivifiant et les eaux thermales de la zone devaient permettre aux petits pensionnaires, vivant sous la surveillance de religieuses et de professeurs, de suivre un traitement adapté et d’améliorer leur état de santé tout en poursuivant leur scolarité.

 

D’après les témoignages de certains enfants ayant reçu des soins au sanatorium et de jardiniers, ouvriers, ou voisins, les petits malades étaient bien traités et les religieuses certes parfois sévères mais sans excès.

Quelques rares témoignages, au contraire, se font l’écho de mauvais traitements, assurant que les religieuses étaient de véritables harpies, violentes et cruelles, qui torturaient les enfants avec l’agrément du gouvernement franquiste.

dortoir

Photo d’un dortoir de l’époque

Outre le fait qu’il m’a été impossible de placer ne serait-ce qu’un nom ou une source sérieuse sur ces derniers témoignages, ils semblent si caricaturaux qu’il paraît impossible de pouvoir les prendre aux sérieux, à plus forte raison qu’ils sont souvent le fruit de on-dits impossibles à vérifier et joyeusement colportés par des amateurs  de paranormal en quête de justification de supposés phénomènes tout aussi invérifiables.

Il me parait certes hasardeux de douter, cependant, que les enfants de « rouges » (n’oublions pas que nous étions en pleine période franquiste) aient été traités plus durement ou plus sévèrement à l’occasion que les autres mais, de là à imaginer une espèce de Midnight Express pour petits tuberculeux, il ne faut quand même rien exagérer

dortoir_actuel

Ce même dortoir aujourd’hui.

Lorsque l’on dépouille témoignages, articles et documentation de façon froide et réfléchie, ou que l’on se réfère tout simplement aux décès survenus et aux témoignage des nombreux habitants d’Aigües De Busot qui travaillaient au contact des enfants, ou dont les maisons jouxtaient – ou jouxtent toujours – le complexe, le taux de mortalité des petits pensionnaires ne présente aucune anomalie et personne ne s’est jamais ému de quelque excès ou mauvais traitement particulier. Il semblerait même, au contraire, que les cures dont bénéficiaient les petits malades étaient d’une qualité très supérieure à ce que l’on pouvait trouver à l’époque et que nombre d’entre eux voyaient leur état s’améliorer de façon très significative.

Sur un blog dédié au sanatorium (http://preventorio-aguas.blogspot.com.es), un ancien employé raconte :

J’ai travaillé au sanatorium durant 15 ans. Là-bas, les enfants se sentaient mieux parce que le climat était bon, de même que la nourriture. […]  Moi, je mangeais avec les enfants tous les jours et ils n’étaient ni contagieux, ni mourants. C’était un endroit très joli. […] Les petites filles et les petits garçons avaient des professeurs pour leur donner des cours et les plus jeunes, des nurses.

À partir des années 45/50, la tuberculose fut endiguées grâce aux antibiotiques et au très controversé BCG mais le sanatorium de de Aigües De Busot ne ferma définitivement ses portes que dans les années 60.

 

Des supposés phénomènes parapsychiques célèbres dans toute l’Espagne

 

Outre les silhouettes aux fenêtres et diverses manifestations communes à ce genre d’endroit, certains assurent entendre pleurer des enfants dans les couloirs ou les restes de la chapelle.

Mais le phénomène le plus célèbre est celui de la dame blanche qui se reflétait dans le miroir du grand escalier – quand il y avait encore un miroir !escalier

miroirAujourd’hui, il ne reste plus que les anciens clous qui le soutenaient mais, si vous voulez essayer d’apercevoir la dame, quelques hurluberlus vous assureront volontiers qu’il suffit d’en sortir un de votre poche lorsque vous montez l’escalier.

Si la dame apparaît et qu’elle sourit, c’est bon signe : vous allez recevoir une bonne nouvelle.

Mais si vous l’entendez pleurer… il ne vous reste plus que la prière car cela signifie qu’un grand malheur vous guette.

 

Qu’en est-il réellement ?

 

En fait, tout est parti d’un pseudo article d’investigation paranormale paru au début des années 2000. L’auteur en était le charlatan Pedro Amorós Sogorb, un habitué des démonstrations douteuses et des enregistrements supposés d’outre-tombe qui fait commerce depuis des années dans le domaine du paranormal et est surtout célèbre depuis 2006  pour avoir essuyé un revers judiciaire retentissant lorsque, n’écoutant que son ego démesuré, il voulut s’offrir la tête d’un journaliste qui avait mis en doute son intégrité et la véracité des supposés phénomène paranormaux dont il se fait régulièrement l’apôtre dans l’espoir d’en tirer un peu de célébrité et quelques euros.

 

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Des pans entiers de carrelage arraché, brisé ou emporté en souvenir par des visiteurs peu scrupuleux.

Ce fut ce triste sire qui répandit le bruit qu’une dame blanche hantait l’ancien sanatorium et que d’étranges phénomènes s’y produisaient régulièrement.

Il fut bientôt suivi par toute une clique de bonimenteurs de tout poil, télévisuels ou non, qui n’hésitèrent pas, pour faire gonfler l’audimat, à mettre en scène leurs interventions, ce qui provoqua un véritable appel d’air sur le site pour les amateurs de fantômes, les détraqués et les amateurs de sensations fortes.

En quelques mois, la magnifique bâtisse fut vandalisée et pillée.

Le même témoin que tout à l’heure, à qui ces professionnels du spectacle ont bien entendu rendu visite dans l’espoir de détails croustillants, raconte :

Deux journalistes de la T.V sont venus me poser des questions mais ce qu’ils ont dit ensuite était totalement différent de ce que je leur avais raconté. Ils sont cherché les recoins les plus lugubres pour les filmer et y ont ajouté des musiques inquiétantes pour que ça cadre bien avec un reportage sur les fantômes.[…] Ils n’ont rien écouté de ce que je leur ai dit.

Aujourd’hui, seuls restent, comme tristes témoins du passé, quelques carreaux bicolores au sol, quelques mètres carrés de peinture graffités, d’immenses palmiers aux troncs désormais calcinés, brûlés par des inconscients, et, de ci, de là, des fragments de marbre ou de faïence peinte.  

graf

« COPERNICO, ESPÈCE D’ENFOIRÉ, LE SEUL FANTÔME, ICI, C’EST TOI ! »

Découragée et dépassée par l’arrivée, chaque nuit, de fêtards et d’illuminés égorgeurs de poulets ou chasseurs de fantômes, la municipalité d’Aigües De Busot a fini par baisser les bras et par laisser le site à l’abandon, à la merci de vautours qui, pour quelques minutes de célébrité ou de points d’audimat, entretiennent joyeusement une légende inventée de toute pièce et, par là même, la dévastation d’un site naturel réputé depuis l’antiquité. 

Lorsque l’on entre dans la ruine qu’était le magnifique Hôtel Miramar, un petit graffiti, que vous voyez ci-contre, s’adresse d’ailleurs directement à Copernico Garcia, l’un de ces charlatans de la parapsychologie ayant fortement contribué à la mauvaise réputation et à la dégradation du site : « COPERNICO, ESPÈCE D’ENFOIRÉ, LE SEUL FANTÔME, ICI, C’EST TOI ! ». 

 

C. Rodriguez

 

REMERCIEMENTS :

À Raquel, Francis et Fred.

Au journal  El Mundo.

Et aux sites Internet :

http://www.alicantevivo.org

http://preventorio-aguas.blogspot.com.es

http://charlatanes.blogspot.com.es

et http://elbalneariodeaigues1816.blogspot.com.es

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