Premier chapitre : « Meurtres sur le palatin » (une enquête de Kaeso le prétorien)

meurtres-sur-le-palatin-rodriguezDans la Rome impériale, sous le règne de Tibère, on fait de bien étranges découvertes. Comme celle d’un cadavre affreusement mutilé, sous la langue duquel on a glissé un denier. Paiement pour son passage aux Enfers ?

Kaeso le prétorien, ami de Caligula et fils d’une prêtresse venue de Germanie, est chargé de l’enquête alors qu’il a déjà fort à faire. Outre protéger la famille impériale, il doit lutter contre la corruption des bas-fonds de la ville, se garder de la vengeance de ses anciens compagnons d’armes, et… fuir les assiduités de la malicieuse Concordia, sa ravissante cousine.

Quand le mystérieux Apollonius, qui se prétend l’oracle d’Apollon, entre en scène, Kaeso est subjugué par sa beauté. Que cache cet éphèbe, qui a ses entrées dans la plus haute société romaine avide de sanglants combats de gladiateurs et de paris truqués ?

Kaeso, flanqué de Io, son inséparable léopard, n’aura d’autre choix que de le découvrir.

 

DÉBUT DU LIVRE :

 Allongé sur le flanc, l’homme paraissait dormir, les yeux clos et un genou replié. Sa tête reposait sur le perron de l’entrée de service d’une imposante maison patricienne, aux épais murs aveugles soigneusement peints, comme on en trouvait seulement dans les quartiers les plus cossus de Rome.

Trois prétoriens, frissonnant sous la rosée glaciale annonciatrice de l’aube, examinaient le cadavre sous l’oeil circonspect de l’esclave de la maison, un immense nubien à la peau aussi noire que de l’huile de pierre. À la demande de son maître, il était allé quérir à grands cris le centurion Kaeso Concordianus Licinus.

Ce même Kaeso qui, accroupi sur le sol, détaillait le défunt en silence à la faible lumière de la lampe à huile que brandissait Mustella, son jeune ordonnance.

Io, la femelle léopard qui tenait lieu d’animal de compagnie à l’officier et s’éloignait rarement de son maître, s’approcha pour renifler le corps et feula.

– Du calme, ma belle, la rassura ce dernier de sa belle voix de baryton en lui flattant la croupe.

L’esclave, debout près de la porte, recula instinctivement d’un pas, impressionné par les crocs du fauve.

– Il ne semble pas avoir plus d’une vingtaine d’années, fit remarquer Mustella en approchant encore sa lampe. Du moins, si on ne regarde que son visage… Il laissa échapper un petit sifflement désagréable en désignant les nombreuses cicatrices qui striaient les énormes bras et les cuisses puissantes du défunt.

– Ce n’est pas le genre de trophée que l’on récolte en enfilant des perles, ajouta le troisième soldat. Militaire ou gladiateur, je dirais.

Âgé d’une cinquantaine d’années, brun et trapu, il répondait au surnom peu flatteur de Matticus.

(note : Matticus ; qui a de grosses mâchoires. Nous dirions  » grande gueule « ).

Second en titre de la cohorte commandée par Kaeso Concordianus Licinus, Matticus aurait pu prendre une confortable retraite depuis déjà longtemps, mais n’arrivait pas à se résoudre à lâcher ni son glaive, ni la conviction que l’armée avait besoin d’hommes tels que lui –  » des vrais !  » – pour ne pas sombrer dans la décadence douceâtre qui était (jurait-il à qui voulait l’entendre)  » ce qui pendait au museau de ce fichu empire dirigé par un bouquet de pâquerettes corrompues et perverties !  » C’est ainsi qu’il considérait la nouvelle classe patricienne dirigeante, pour qui le stoïcisme républicain prêché et glorifié par les générations précédentes n’était plus qu’un vague concept éculé et dépassé.

– Ce genre d’homme ne doit pas être facile à surprendre ou à maîtriser, nota Mustella. Encore moins à entraîner dans une venelle ténébreuse en pleine nuit pour être volé ou assassiné.

– Poignardé à douze reprises au moins, soupira Kaeso d’une voix lugubre en passant une grande main élégante dans ses courts cheveux blonds.

– Et pas proprement, ajouta Matticus avec une grimace en tâtant la bouillie de chair sanglante que laissait apparaître la tunique lacérée. C’est pas des gars du métier qui ont fait ça, centurion. C’est certain.

– Où est ton maître ? demanda l’officier à l’esclave.

Celui-ci s’inclina obséquieusement et hocha la tête.

– Il préfère rester à l’intérieur, centurion, répondit-il avec un fort accent oriental. Savoir qu’on a retrouvé un cadavre sur le seuil de sa maison l’a fortement incommodé.

Mustella leva les yeux au ciel et, tordant son nez piqué de taches de rousseur, échangea un regard entendu avec Matticus.

–  » Incommodé « …, railla ce dernier, trop bas pour que le nubien puisse entendre. Je t’en ficherai, moi, de l’incommodation… Son jeune compagnon pouffa mais se mordit la langue pour contenir un sarcasme.

– Je veux le voir, ordonna Kaeso. Maintenant ! Insista-t-il avec rudesse en voyant le serviteur secouer la tête et ouvrir la bouche pour protester.

Io gronda dans sa direction et, comprenant qu’il ne servait à rien de tergiverser, l’esclave disparut aussitôt par la porte, laissant le battant ouvert.

Le grand prétorien en profita pour risquer un coup d’oeil indiscret.

L’entrée de service devant laquelle ils se trouvaient donnait directement dans le petit jardin de la riche demeure. Il était illuminé de dizaines de lampions posés au pied de chaque colonne du péristyle qui le bordaient.

Un tel gâchis d’huile dans un endroit désert avait de quoi surprendre. Mais moins, toutefois, que les bouquets de tournesols et de branches de laurier noués d’étoffes vaporeuses et accrochés un peu partout sur les arbres.

Io fit le tour du cadavre pour renifler l’air du jardin et éternua, gênée par le fort parfum d’encens qui flottait.

– C’est quoi, cet endroit bizarre ? s’enquit le jeune officier en désignant du menton les soieries arachnéennes que soulevait la brise nocturne et les coupelles d’encens fumantes. Un bordel de luxe ? Mustella ricana et Kaeso haussa les épaules en retournant précautionneusement le cadavre sur le dos pour pouvoir l’examiner plus à son aise.

– Eh bien…, soupira Matticus en découvrant d’autres coups de couteau dans le dos et les reins.

Maintenant, je sais à quoi devait ressembler le grand Jules après la curée. Tu parles d’une boucherie… Il en faut, de la rage, pour arranger un gars comme ça ! Mustella fit la moue, écoeuré, et commença sérieusement à regretter de s’être laissé emporter par un enthousiasme quelque peu morbide en apprenant le méfait.

Lorsque l’esclave s’était présenté à la caserne en pleine nuit pour annoncer qu’un homme avait été assassiné dans  » la maison d’Apollon « , Mustella, ravi qu’il se passe enfin quelque chose de  » vraiment croustillant  » sur cette  » fichue colline palatine « , avait littéralement bondi en direction des quartiers de son chef pour le tirer du lit.

Dans sa soif d’aventure, il avait bien sûr imaginé le pire – mais aussi le plus excitant -, à savoir que le temple d’Apollon, l’un des endroits les plus sacrés de Rome, avait été souillé par un meurtre de sang-froid mais… non.

 » La maison d’Apollon  » était en fait une résidence privée sur le Palatin – l’une des plus anciennes, au demeurant.

Kaeso, las de voir les habitants de la petite colline faire appel aux prétoriens impériaux pour un oui ou pour un non, lui avait servi une bordée de jurons en germain, comme seul un Romain charriant dans ses veines une bonne moitié de sang barbare pouvait le faire…

– Une affaire privée, avait rugi le jeune colosse, fût-ce un meurtre sanglant, ne regarde pas la garde prétorienne mais les vigiles de Rome ! Qu’on aille donc réveiller un centurion de chez eux ! Hélas pour Kaeso et son besoin de sommeil, la maison d’Apollon était mitoyenne de celle de la grande Antonia, fille de Marc-Antoine, belle-soeur de l’empereur Tibère et grand-mère de Caligula… Et ça, ça changeait pas mal de choses car ce qui concernait, de près ou de loin, la sécurité de la famille impériale ou de l’État romain, concernait aussi directement la prestigieuse garde prétorienne.

Prestige dont on aurait certes pu douter à voir l’un de ses officiers les plus réputés dans cette sombre ruelle du Palatin, accroupi près d’un cadavre lardé de coups de couteau et les mains souillées de sang.

– Cette maison n’appartient-elle pas à la veuve de Silanus Varus ? Demanda-t-il à ses compagnons.

Pourquoi l’avoir rebaptisée la maison d’Apollon ?

– Parce qu’elle ne lui appartient plus, centurion, l’informa Mustella. D’après ce que j’ai compris, dame Prisca en aurait fait don il y a quelques mois au prêtre d’une secte orientale, ou quelque chose comme ça.

Kaeso laissa échapper un nouveau juron en germain.

– Une secte orientale ? Ici, sur le Palatin ? Encore ? Les cultes exotiques – pour ne pas dire  » bizarres  » – étaient à la mode depuis quelques années et le phénomène allait s’intensifiant.

– Comme si nous n’avions pas assez de problèmes avec ces maudits eunuques de Cybèle et leurs insupportables piaillements ! ronchonna Matticus.

– Ah ? S’étonna le jeune ordonnance. Moi, je trouve leurs chants plutôt jolis.

Des rires et des bruits de cymbales et de flûtes s’élevèrent soudain d’une maison voisine, et Kaeso essuya ses mains sur un pan de la tunique du cadavre miraculeusement épargné.

– Il n’y a pas que les galles de Cybèle qui paillent sur le Palatin, ce soir, soupira-t-il. Quel boucan !

Mustella leva le sourcil.

– On dirait que ça vient de chez le sénateur Pontius Nigrinus, non ?

– Nigrinus ? S’étonna Matticus. Je le croyais parti en villégiature d’été à Baia, avec sa femme… Kaeso roula des yeux et laissa échapper un ricanement narquois.

Le Palatin, véritable petit village réservé aux classes nanties au sein de la capitale de l’empire, abritait à lui seul plus de demeures patriciennes et de personnages influents que d’échardes sur le dos d’un âne, et était un véritable réservoir à cancans.

Tout le monde se connaissait et savait plus ou moins – ou plutôt, se débrouillait pour savoir via esclaves, serviteurs, régisseurs, amis, affranchis, commerçants, et même parfois devins – ce qui se passait chez le voisin. De préférence d’inavouable ou de particulièrement savoureux, bien entendu.

Et, dans une ville de près d’un million d’âmes (et même un peu plus si l’on comptait les proches faubourgs surpeuplés) où chacun essayait par tous les moyens de se faire une place, ou d’obtenir un peu plus de pouvoir que son prochain, les scandales ne manquaient pas.

Mustella laissa soudain échapper une exclamation étouffée et ses compagnons levèrent le nez du cadavre.

Tendu comme la corde d’un arc et les yeux écarquillés fixés sur la porte du jardin de la maison, le jeune homme paraissait s’être changé en statue de pierre.

Sa bouche béait à un point tel qu’il tenait du miracle que la moitié des colonies de mouches du Palatin n’aient pas déjà pris leurs aises dans l’agréable et moelleux domicile.

– Quoi ? Éructa Matticus.

Pour toute réponse, et sans changer le moins du monde d’expression, l’interpellé pointa lentement le doigt sur le jardin de la maison d’Apollon, qu’il fixait sans sourciller.

Les regards de ses compagnons glissèrent du petit visage de fouine couvert de taches de rousseur, qui lui avait valu son surnom, à son épaule ; suivirent le bras nu jusqu’au poignet et, de là, l’extrémité du long doigt pour se poser finalement sur ce qui l’avait plongé dans la stupéfaction la plus extrême.

(note : mustella ; la fouine)

Au début, Kaeso crut que ses yeux lui jouaient un vilain tour. Ou alors, cette maison portait excessivement bien son nouveau nom… Un éphèbe avançait vers les trois prétoriens au milieu du jardin comme s’il flottait au-dessus du sol, nimbé d’un halo de lumière dorée qui paraissait jaillir de sa blonde chevelure bouclée, retenue sur son épaule par un ruban lâche.

Chaque détail de son corps mince et gracieux se devinait aisément sous sa longue robe immaculée, ample et vaporeuse, dont l’artistique drapé soulignait les courbes adolescentes jusqu’à l’indécence.

– Fils de Létô, pardonne à tes fidèles…, murmura Mustella, saisi d’une crainte révérencieuse.

En dépit des apparences, cependant – et de l’entrée en scène théâtralement orchestrée -, ce n’était pas Apollon en personne qui se dirigeait vers les trois soldats, loin s’en fallait, mais un tout jeune homme de taille moyenne et à la silhouette un peu trop féminine.

Son visage n’avait rien à envier au reste de sa personne et, certaines statues grecques exceptées, il aurait été difficile de trouver traits plus parfaits.

L’esclave qui était venu rameuter la garde prétorienne du Palatin marchait derrière son maître, une lampe à la main, et la tenait de telle façon qu’on avait l’impression que la chevelure du garçon irradiait littéralement.

Io grogna et Matticus lui gratouilla la tête. Il fit vibrer ses lèvres, méprisant, en considérant le déhanché efféminé du nouveau venu et échangea un regard circonspect avec Kaeso.

– Il n’a pas de grec que le nez, celui-là, c’est moi qui te le dis…, marmonna-t-il.

Son centurion fronça les sourcils. Que signifiait cette mascarade ? L’adolescent s’arrêta sur le pas de la porte du jardin, immobile dans le cercle de lumière de la lampe que tenait son serviteur.

Les grands yeux gris étaient le siège d’un abattement indescriptible, les lèvres boudeuses tremblaient et le visage délicat se contractait sous l’assaut des larmes, qu’il n’arrivait pas à empêcher de couler.

Bien que le seuil du perron fût surélevé de cinq bons pouces par rapport aux pavés de la ruelle, l’éphèbe dut rejeter la tête en arrière pour pouvoir regarder en face le grand prétorien qui avait exigé sa présence.

Les insolites prunelles bleu pâle cerclées de noir de l’officier parurent le décontenancer mais il se reprit vite.

– On a souillé ma maison…, murmura-t-il d’une voix à peine audible. On a souillé le temple du dieu…

– Tu le connaissais ? demanda Kaeso.

Le garçon baissa le regard vers le cadavre, que son esclave éclairait à présent, et laissa échapper un cri strident… avant de tomber évanoui dans les bras de son serviteur, qui en laissa échapper sa lampe, manquant de peu d’éclabousser Kaeso d’huile brûlante.

– Maître ! Maître ! Le nubien lança au grand prétorien un regard affolé et ce dernier agita la main, profondément agacé.

– Ça va, emmène-le et dis-lui que je reviendrai le voir demain.

L’esclave se confondit en remerciements et révérences obséquieuses, comme seul un Oriental pouvait le faire, et s’éloigna.

La femelle léopard s’assit près du corps ensanglanté et dévisagea son maître avec une expression d’étonnement presque humaine.

– Qu’est-ce que c’est que cette maison de fous ? siffla Matticus entre ses dents en regardant le colosse d’ébène disparaître avec son étrange fardeau.

Mustella haussa les épaules et Kaeso poussa un soupir déchirant en flattant la croupe de sa compagne.

Il ne savait pas pourquoi mais, de la même façon que l’on peut sentir venir un orage par une chaude journée d’été, il sentait venir les ennuis. De gros ennuis…

***

Le lit de Kaeso fut agité d’une violente secousse.

Encore un tremblement de terre ? C’était le deuxième depuis son arrivée à Pompéi ! Le jeune prétorien se réveilla en sursaut, haletant, prêt à se précipiter dans la cour de la caserne pour se mettre à l’abri d’un éventuel effondrement, mais vit sa jeune cousine au-dessus de lui qui le secouait comme un tapis sur le rebord d’une fenêtre.

– C’est vrai, ce que dit Mustella ? le pressat- elle, à demi couchée en travers de son torse. Tu l’as vu ? Raconte-moi, Kaeso ! De quoi a-t-il l’air ? Celui-ci immobilisa ses bras frêles d’une seule de ses grandes mains en lui attrapant les poignets et vissa ses yeux bleu clair à ceux de la jeune femme, d’un marron vert presque doré, comme de jeunes noisettes.

– Concordia…, maugréa-t-il en s’asseyant sur sa couche, le coeur battant.

De sa main libre, il se frotta le visage baigné de sueur, sur les joues duquel commençait à percer une barbe blonde, et essaya d’émerger du sommeil agité dans lequel il avait sombré après avoir ramené à la caserne le corps retrouvé dans la ruelle.

Respirer calmement.

Inspirer.

Expirer.

Et, surtout, se reprendre ! Il s’appelait Kaeso Concordianus Licinus, centurion de cohorte de la garde prétorienne et directement sous les ordres de l’empereur Tibère. Il n’était plus à Pompéi (note : Voir Les Mystères de Pompéi, Éditions du Masque) depuis des mois, avait ses quartiers à Rome, dans l’une des maisons de la famille impériale, sur le Palatin, et il n’y avait aucun tremblement de terre. Son souci le plus urgent était un meurtre perpétré durant la nuit et…

– Alors ? Insista Concordia en se tortillant pour se libérer. Raconte ! … et il allait y en avoir un second si elle ne lui fichait pas la paix dans la minute !

– Que fais-tu dans ma chambre, Concordia ? Demanda-t-il en détachant lentement ses syllabes, menaçant.

Elle lui répondit par un regard désarmant.

– Mustella a dit que vous aviez vu Apollonius ! s’écria-t-elle, comme si c’était une évidence.

Il la lâcha et quitta son lit en agitant un doigt accusateur devant la truffe d’Io, qui somnolait tranquillement sur la descente de lit.

– C’est comme ça que tu protèges ton maître, toi ? Gronda-t-il. En laissant entrer n’importe qui ? Le léopard lui répondit par un bâillement las.

– Kaeso ! Vas-tu enfin me dire de quoi il a l’air, oui ou non ?

– C’est Mustella qui t’a laissé passer ? Il enfila rapidement une tunique et se tourna vers la jeune femme.

– Dommage…, nota-t-elle avec un sourire mutin en voyant le tissu recouvrir la nudité de son cousin.

Nonchalamment affalée sur le lit de ce dernier, elle gratouillait distraitement la tête du léopard en détaillant son maître d’un regard gourmand, admirant la façon dont les muscles jouaient sous la peau hâlée de ses cuisses et de ses avant-bras.

Comme toujours, elle était ravissante. Son corps de liane était drapé dans une robe légère de lin égyptien, du même bleu pâle que les rubans qui retenaient ses tresses aile de corbeau artistiquement nouées en un chignon élégant. Du même bleu aussi que le châle de soie qui y était fixé.

Kaeso dut faire un effort considérable pour détacher son regard des petits seins fermes qu’il voyait pointer sous la délicate étoffe qui les recouvrait.

Il se détourna avec un soupir déchirant.

– Concordia… tu es dans une caserne remplie de militaires, lui rappela-t-il en tirant les rideaux de la petite fenêtre qui donnait sur la cour carrée de la caserne en question. Pas dans le triclinium de la villa de ton père.

Le soleil de midi et une odeur de terre battue surchauffée par celui-ci pénétrèrent dans la pièce, se mêlant à celles, animales et pourtant plaisamment musquées, du fauve et de son maître.

– Tu ne m’as toujours pas répondu au sujet d’Apollonius, rétorqua Concordia, les narines palpitantes, en lui coulant un regard en biais entre ses longs cils noirs.

Kaeso s’assit sur son coffre à vêtements, le seul meuble que comptait la spartiate petite chambre

– à l’exception d’une table basse, sur laquelle était posée une lampe éteinte.

– Je ne sais pas qui est Apollonius, Concordia.

Elle leva les bras au ciel.

– L’oracle d’Apollon dont tout Rome parle, bien sûr ! Celui à qui cette pintade de Prisca Saturnia a fait don de la demeure de son défunt époux ! Le maître du géant noir, que l’on voit partout sur le Palatin depuis quelques jours ! Ouh, ouh ! Le cadavre que ta mère est en train d’examiner. La maison d’Apollon. Tu te souviens ? Elle agita la main devant son visage et il grimaça.

– Parce qu’en plus, il se fait appeler Apollonius ? Tu en sais donc plus que moi, tu vois.

Il voulut se lever mais la jeune femme bondit de son lit pour se mettre en travers de son chemin.

– Mustella dit qu’il est beau comme le soleil, c’est vrai ? Insista-t-elle, les yeux brillants.

Kaeso se frotta mollement le menton en bâillant.

–  » Beau comme le soleil  » n’est pas la première épithète qui me vient à l’esprit en parlant d’un homme, tu m’excuseras, persifla-t-il en écartant doucement – mais fermement – la jeune femme. Sur ce, je dois aller prendre un bain et me raser ! Viens, Io ! Io ? Les jeunes gens tournèrent la tête en tout sens à la recherche du léopard qui, à la mention du mot  » bain « , avait discrètement rampé sous le sommier.

Concordia pouffa.

– Io ! Tempêta le prétorien. Aux talons ! Tout de suite ! Un feulement craintif lui répondit et il s’agenouilla sur le sol pour regarder sous le lit.

Deux billes vertes brillaient dans l’obscurité.

– Io ! Sors de là ! Ordonna-t-il en essayant de tirer le léopard de force par le collier, au grand amusement de Concordia. Allez, cesse de faire des manières ! Une lutte sans merci s’engagea et la jeune femme dut bientôt se tenir les côtes tant elle riait.

– Aide-moi au lieu de ricaner ! la rabroua son cousin. Aïe ! Io ! Il s’assit sur les sobres mosaïques en se frottant le dos de sa main et sa cousine vint s’accroupir à ses côtés.

– Io ? Appela-t-elle en se penchant pour plonger son regard dans celui du félin, toujours à l’abri du sommier. Pas de bain… pas de viande ! chantonnat- elle avec une mimique menaçante en secouant la tête. Non, non.

Un couinement pathétique monta de sous le lit et une tête tachetée ne tarda pas à en émerger.

– Saleté ! S’emporta le jeune centurion en l’attrapant par la peau du cou pour lui mettre sa main blessée sous le museau, faisant japper le fauve.

Regarde ce que tu as fait ! Avec un regard coupable débordant d’humanité, le léopard voulut lécher la plaie de son maître mais celui-ci ne lui en laissa pas l’occasion et la tira sans douceur vers la porte, suivi par les railleries de Concordia.

***

– Pas de doute, quelqu’un s’est acharné sur ce pauvre garçon… Pas moins de dix-sept coups de couteau.

Hildr rabattit le drap sur le cadavre qu’elle venait d’examiner – ou peut-être serait-il plus adéquat de dire  » de disséquer  » – et son esclave personnel rinça ses instruments de chirurgie avant de les envelopper dans un linge propre.

Matticus, qui observait la scène depuis la porte de la petite infirmerie aux murs aveugles, ne put contenir un frisson. Et l’âcre odeur de sang qui empuantissait l’air en était certainement moins responsable que celle qui en avait les mains couvertes.

Hildr était le genre de femme pouvant facilement impressionner quiconque, mains ensanglantées ou pas.

Par sa haute taille, pour commencer, puisqu’elle dépassait ses semblables – et la plupart des hommes également – de plusieurs pouces. Mais aussi par une assurance teintée de réserve et une détermination inébranlable qui se lisaient dès que l’on croisait les feux pâles de ses yeux trop bleus, dont avait hérité son fils Kaeso. Des prunelles qui paraissaient pouvoir vous transpercer de part en part pour fouiller les tréfonds bourbeux de vos secrets les plus inavouables.

À cinquante ans passés, ses longs cheveux blonds de  » barbare germaine  » commençaient à peine à se strier de gris et sa silhouette féline et élancée en aurait remontré à plus d’une jeune femme ayant la moitié de son âge. Tout comme son visage, qui entrait rarement en contact avec les fards dont les Romaines adoraient se  » plâtrer « .

La beauté de Hildr était de celles qui ne nécessitaient nul artifice pour se faire remarquer. Sa peau blanche, ses lèvres pulpeuses et ses traits volontaires, peut-être un rien masculins au goût de certains, suffisaient à attirer tous les regards.

Quant à ses convictions, ses dieux ou à sa façon d’appréhender le monde, ils n’avaient rien de latin ni même de purement  » germanique  » car elle était bructère, de ceux qui avaient infligé les pires défaites aux envahisseurs romains.

Ces mêmes Bructères, bien connus pour leur sauvagerie et qui, contrairement à leurs frères de race, étaient menés au combat non par leurs chefs de tribu mais par leurs reines et prophétesses.

Hildr avait été l’une d’entre elles avant de devenir la prise de guerre, puis l’esclave de Drusus, le frère de l’empereur Tibère César. La prophétesse de son clan. Une princesse bructère belle et sauvage comme un jeune fauve. Et autrement plus brillante que les nobles Romaines qui l’avaient toujours traitée avec mépris et condescendance.

Ni son statut parmi les siens, ni ses connaissances occultes, ni le rang élevé de son défunt époux, Marcus Concordianus Licinus, le père de Kaeso

– qui l’avait achetée à Drusus, affranchie puis épousée

– n’avaient jamais pu briser le mur de mépris qui isolait Hildr du monde soi-disant si  » raffiné  » et si  » ouvert  » des enfants de la louve.

– Maîtresse ? Maîtresse Hildr ! Celle-ci, tirée brutalement de ses pensées, se tourna vers l’homme qui était son esclave personnel depuis plus de trente ans.

Il s’apprêtait à nouer une bande de gaze autour de la tête du cadavre pour éviter que sa bouche ne bâille et ne se transforme  » en abreuvoir à mouches « , comme disait Matticus avec son tact habituel.

– Qu’y a-t-il, Acarius ?

– Il y a quelque chose. Là, sous sa langue.

Hildr approcha sa lampe à huile de la tête du défunt et se pencha sur son visage, dont son serviteur maintenait à présent les mâchoires grandes ouvertes.

– On dirait…, commença-t-elle en glissant un doigt sous la langue.

Elle sortit un petit objet rond de la bouche béante avec un bruit gluant et le présenta à la lueur de la flamme.

Acarius laissa échapper une exclamation de surprise et Matticus, intrigué, s’approcha de la table sur laquelle gisait le cadavre.

– Un denier d’argent ? s’étonna le prétorien.

Qu’est-ce que c’est que cette blague ? Hildr fit sauter la pièce dans sa main, incrédule.

– Quel genre d’assassin prendrait la peine de glisser l’obole à Charon dans la bouche de sa victime

?

Acarius chassa une mèche de cheveux gris de son large front et haussa les épaules.

– Un homme très croyant ?

– Ou superstitieux, dame Hildr, ajouta Matticus, tout aussi interloqué. Ouais, foutument superstitieux… Ils échangèrent tous trois des regards étonnés qui convergèrent vers le visage du cadavre, étendu exsangue sur le drap blanc qui serait son dernier

***

Après un dernier rinçage, Kaeso lâcha Io, qui bondit hors du bassin d’eau brûlante en secouant son pelage tacheté.

Nullement disposé à subir le brossage, supplice ultime qui suivait généralement de près celui du bain, le fauve quitta les thermes de la petite caserne avec une telle hâte qu’il dérapa sur les mosaïques humides, faisant se tordre de rire Mustella.

– Ça, c’est de l’épouvante ! Railla-t-il en finissant d’aiguiser soigneusement un rasoir de bronze.

La vapeur d’eau détrempait sa tunique, qui lui collait désagréablement au corps, et il tira sur son vêtement dans l’espoir de faire passer un peu d’air entre le tissu poisseux et sa peau moite.

Kaeso, lui, émergea nu du bassin brûlant et se sécha énergiquement sous le regard envieux de son jeune ordonnance.

Pourquoi certains reçoivent-ils tant des dieux et d’autres si peu ? se demandait-il souvent en considérant la haute taille et les traits sculpturaux du jeune centurion.

N’aurait-il pas été plus juste de partager les grâces et les qualités équitablement ? Pourquoi un sang-mêlé de barbare athée avait-il hérité de cette chevelure dorée, de ce visage taillé à la serpe et de ce corps d’athlète grec qui faisait se retourner toutes les femmes sur son passage, alors que lui, issu de l’une des familles romaines les plus anciennes et les plus pieuses, devait se contenter d’horribles cheveux roux, d’un visage poupin couvert de taches de rousseur et d’une allure dégingandée ?

 » L’Achille aux yeux bleus.  » Voilà comment les dames du Palatin surnommaient le grand prétorien.

La belle affaire ! Avec un physique pareil, lui aussi pourrait séduire une cohorte de femmes ! Enfin… surtout une femme. La seule qui comptait réellement à ses yeux et pour laquelle il aurait été prêt à affronter une légion de Germains si elle le lui demandait.

Concordia. La belle dame Concordia… Ah ! Que ne donnerait-il pour recevoir ne serait-ce qu’un centième de l’attention qu’elle accordait à son cousin – qui paraissait d’ailleurs s’en moquer comme d’une guigne ! Non, vraiment, les dieux étaient parfois injustes !

– Tu attends que le rasoir fasse le travail tout seul ? Mustella tressaillit si fort qu’il manqua de peu d’entailler la joue de Kaeso qui, assis sur l’un des lits de massage, lui présentait son visage, confiant.

– Pardon, centurion ! s’excusa l’ordonnance en rougissant furieusement. Je… J’étais perdu dans mes pensées.

– Plutôt agréables si j’en juge par ton air extatique, persifla le grand prétorien. Une jolie fille en vue à entraîner avec toi dans le terrier, Mustella ? Celui-ci fit la moue et saisit le menton volontaire avec un peu plus de force que nécessaire pour commencer à le raser.

– Mhhh… Je doute qu’elle accepte ce genre de débordement, centurion, fit-il d’une voix qui, malgré tous ses efforts, résonnait d’accents acerbes.

– Mariée ? S’enquit Kaeso avec un clin d’oeil complice.

– Disons plutôt qu’elle préfère les fauves aux furets, centurion…

***

À peine Concordia avait-elle posé un pied dans la maison de son père que Ludius, un jeune milicien aveugle qui avait fait partie des milices de Kaeso à Pompéi et qu’elle avait ramené avec elle à Rome, lui tombait dessus pour l’entraîner précipitamment vers l’une des petites pièces attenantes au vestibule, à l’abri des oreilles et des regards indiscrets.

– Que se passe-t-il, Ludius ? chuchota la jeune femme. Pourquoi toutes ces précautions ? L’aveugle joignit les mains dans un geste de désespoir rageur.

– Elle en a trouvé un autre, ça y est ! Laissa-t-il tomber comme si ces quelques mots pouvaient résumer tout un drame à eux seuls.

Concordia laissa échapper une plainte déchirante.

– C’est pas vrai ! Elle ne renoncera donc jamais ! Gémit-elle. Qui ?

– Un fils d’ancien consul ! Un certain Scribonius Capito.

– Quoi ? S’écria la jeune femme, outrée. Capito ? Ce nab…

– Chut ! Le coupa Ludius en lui mettant la main sur la bouche. Il est là !

– Où?

– Dans le bureau de ton père ! Concordia se laissa tomber sur le petit divan qui trônait au milieu de la pièce et tordit les mains en se creusant les méninges.

Ce n’était que le deuxième  » prétendant  » de l’année mais, depuis le temps qu’elle éconduisait les  » nobles soupirants  » trouvés par sa mère Marcia

– le premier lui avait été présenté quatorze ans plus tôt -, elle commençait vraiment à être à court d’idées pour les décourager.

Elle avait tout fait : jouer les fillettes immatures, les dépensières invétérées, les allergiques irrécupérables, les érotomanes maladives, les sottes sans aucune éducation, les petites pestes trop gâtées et même, une fois, l’ancienne esclave adoptée trouvée dans un bordel alexandrin.

Tout. Vraiment tout.

Et, malgré cela, sa mère trouvait encore le moyen de dénicher des hommes prêts à se confronter à sa fille. Celle dont la propre famille disait  » le jour où Concordia se mariera !  » comme d’autres diraient  » aux calendes grecques !  » Celle aussi qui n’aurait accepté de dire  » oui  » qu’à un homme, le seul dont sa mère ne voulait pas entendre parler : son cousin Kaeso Concordianus Licinus ! Mais pourquoi Marcia ne voulait-elle pas de Kaeso ? D’une part, parce qu’il n’était pour elle qu’un sang-mêlé, fruit du mariage inexplicable de son défunt frère bien-aimé avec une barbare bructère

– une ancienne esclave, qui pis est ! Et d’autre part (et c’était là sans doute la pire des choses à ses yeux) : Kaeso n’était pas de rang sénatorial, comme son noble époux, mais de simple rang équestre.

Comme toute sa famille à elle, cela dit, mais ce détail, mieux valait éviter de le lui rappeler si l’on se trouvait à portée de gifle.

Marcia n’était, en effet, que la fille d’un modeste centurion de cohorte prétorienne – comme Kaeso -, disait-elle, d’épouser l’héritier d’une ancienne famille sénatoriale. Et ce rang prestigieux, elle était bien décidée à le garder coûte que coûte.

Hélas pour ses ambitions, et ses projets d’alliance avec les plus influentes familles romaines, du jour où Concordia avait appris à marcher, Kaeso était devenu pour elle le gibier favori derrière lequel cavaler. Cela au grand amusement de son noble sénateur de père, ce qui finit de désespérer la pauvre femme.

– Ah ! Tu seras heureux, lorsque ta fille devra coudre deux bandes pourpres sur la tunique de ton petit-fils !

(note : Les chevaliers portaient des tuniques blanches avec deux bandes pourpres. Les sénateurs, de rang plus élevé, avec une seule bande, plus large)

– Et que portaient tes propres père et frère, dis-moi ? raillait alors son époux avec humour.

Marcia savait – même si elle ne l’aurait jamais admis – que si le noble sénateur Octavianus Torquatus l’avait épousée, elle, plutôt que l’une des pimpantes patriciennes au noble patronyme dont regorgeait l’empire, c’était en raison de l’admiration qu’il avait toujours eue pour son frère Licinus, le père de Kaeso, et de sa volonté de créer des liens familiaux entre eux.

La discussion se terminait donc toujours par un repli stratégique de Marcia, qui boudait pendant un jour ou deux. Temps durant lequel Concordia passait les meilleurs moments qui soient avec son père.

Tous croyaient qu’Octavianus Torquatus était un vieil homme à demi sénile qui se laissait mener par le bout du nez par sa fille excentrique ; mais ils se trompaient. Le brave homme adorait simplement son enfant comme seul un homme devenu enfin père à plus de quarante ans peut adorer sa fille unique.

Homme politique aussi discret qu’efficace et ayant toujours réussi à passer entre les mailles du filet de chaque scandale, affaire louche ou malversation auxquels on avait essayé de le mêler, il admirait l’audace de Concordia, sa ténacité et son incroyable joie de vivre. En fait, c’était à se demander de qui la jeune femme tenait son caractère car jamais père et fille n’avaient été si différents.

Et Octavianus Torquatus l’en aimait d’autant plus. Jamais il n’obligerait sa fille unique, son plus cher trésor, à épouser un homme qu’elle n’estimait pas digne d’elle, pour ça non ! Mais cela, Marcia et Concordia l’ignoraient.

En revanche, contraindre l’homme qui avait ravi le coeur de sa fille à l’épouser, quitte pour cela à lui mettre lui-même le couteau sous la gorge… Ça, c’était quelque chose que le vieux sénateur, tout placide qu’il fût, était capable de faire pour sa fille.

Et son cher neveu Kaeso mettait décidément trop de temps à se décider.

Oui. Beaucoup trop…

***

– Un denier d’argent, oui, répéta Hildr en passant un baume à l’odeur mentholée sur la griffure que son fils avait à la main. Tu as vu ce que tu as fait ? Gronda-t-elle Io, qui s’aplatit sur le sol de l’infirmerie avec un couinement pathétique. Vilaine fille !

Elle tendit à Kaeso la petite pièce de monnaie, qu’il fit sauter dans sa paume en essayant de trouver une explication raisonnable à sa présence dans la bouche du défunt.

– Ce jeune homme était visiblement un gladiateur, Wotan, ajouta Hildr. Ses muscles et ses cicatrices le prouvent.

– Kaeso, mère, la reprit-il gentiment comme il le faisait chaque fois que sa mère employait son nom germain. Mon père m’a appelé Kaeso.

– Et moi, qui t’ai mis au monde, je t’ai nommé Wotan, rétorqua-t-elle avec un clin d’oeil.

– Un combat privé à l’occasion d’un banquet qui aurait mal tourné ? proposa Matticus.

–  » Mal tourné  » au point d’avoir été lardé par son adversaire de dix-sept coups de couteau sans que personne n’arrête le combat ? Non. Non, non, aucune chance. Acheter et former un gladiateur coûte une fortune. On ne laisse pas échapper ainsi un tel investissement.

– Peut-être une admiratrice particulièrement zélée ?

– Qui l’aurait tué ? s’esclaffa le jeune centurion.

– Non ! Bien sûr que non ! Qui lui aurait juste mis ça dans le bec ! Après.

Kaeso fronça le sourcil et une petite flamme étincela un court instant dans ses yeux bleus.

– Pourquoi pas…, murmura-t-il, perdu dans ses pensées.

– Tu le sais bien, centurion : les gladiateurs ont toujours un bataillon de femmes qui…

– Non, je veux dire : tu as peut-être raison en sous-entendant que ce n’est pas forcément son agresseur qui lui a mis ce denier dans la bouche.

– Mustella ! Mustella ? Appela-t-il. Où est-il passé ?

– Je ne sais pas, centurion, il éta…

– Oui, centurion ? le coupa le jeune ordonnance en pénétrant dans l’infirmerie à son tour. Tu m’as appelé ?

– Mustella, sais-tu si l’esclave qui est venu rameuter la garde cette nuit a touché le cadavre, s’il l’a déplacé ou manipulé de quelque façon que ce soit ? Le garçon écarquilla les yeux et haussa les épaules.

– Je l’ignore, centurion. Je ne lui ai pas posé la question.

Matticus hocha la tête.

– Je vois où tu veux en venir, centurion. Si cet esclave est aussi illuminé et superstitieux que son maître, ça ne m’étonnerait pas du tout de lui, un geste pareil ! Kaeso se leva, lissa le bas de sa tunique blanche et ajusta son plastron noir, orné du scorpion prétorien.

– Allons lui demander, Mustella ! Lança-t-il en coinçant son casque à crête transversale sous son bras. Io ! Aux talons ! Il sortit, le léopard marchant dans ses pas, suivi de son ordonnance.

Hildr, sur le seuil, ne quitta pas du regard la silhouette élégante et élancée de son fils avant qu’il ne disparaisse au détour de l’une des colonnes du péristyle qui ceinturait la petite cour de la caserne.

 » Par tous les dieux, Wotan, ce que tu peux parfois ressembler à ton père… « 

(Fin de l’extrait)

 

LIRE LA SUITE DE CE ROMAN :

Version brochée grand format (aux éditions du Masque) : CLIQUEZ ICI

Version brochée poche (aux éditions du Masque) : CLIQUEZ ICI

Et bientôt, une version Ebook

(Fin de l’extrait)

 


Découvrez aussi le roman Cristina Rodríguez :
« THYIA DE SPARTE »

Version numérique Kindle en deux parties :
Partie I /Partie II :

Version numérique Epub en deux parties :
Partie I/Partie II

Version brochée (éditions Flammarion)

Thyia de Sparte - éditions Flammarion

Thyia de Sparte – éditions Flammarion

Et retrouvez Cristina Rodríguez
sur Facebook :
https://www.facebook.com/cristina.rodriguez.auteur

Share
Tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *