Le salon du livre de Paris ? Même pas en rêve !

salonlivreLe salon du livre de Paris…

Lorsque vous êtes un jeune auteur, ou que vous rêvez d’en devenir un (et, à en croire les containers de manuscrits reçus par les maisons d’édition, les dizaines de milliers de livres autoédités sur des plateformes comme Amazon ou les mentions « auteur » sur les bandeaux des profils Facebook, les postulants sont sacrément nombreux !), ce salon est un peu comme le Saint Graal.

Vous passez, fasciné, dans les allées centrales (là où se trouvent les stands des grands éditeurs) et regardez avec envie les photos en noir et blanc des écrivains suspendues au-dessus des tables de dédicaces en vous disant « Un jour, moi-aussi, j’aurai ma photo là-haut ! ».

Puis le grand jour arrive ! Vous avez signé chez un grand éditeur et vous êtes de corvée au salon du…

Pardon ! Non. On la refait.

Vous faites enfin partie de l’une des plus prestigieuses écuries d’auteurs du milieu et, bien entendu, vous allez signer votre dernier bébé au salon du livre de Paris ! La consécration !

C’est vrai, c’est magique.

Enfin… au début.

piremetierJe dis « au début » parce que, au fil des années, le charme se délite et ce qui paraissait, de prime abord, être un honneur et une « merveilleuse communion des acteurs des métiers de l’édition » se révèle sous son vrai jour : un supermarché du livre qui fait surtout perdre du temps, de l’argent, épuise tout le monde et ne sert, au final, qu’à remplir les poches de la société événementielle qui vend le mètre carré d’exposition à un prix exorbitant (et où, accessoirement, vous attrapez inévitablement une crève carabinée puisque vous transpirez comme un hareng saur dans les allées et à votre table de dédicaces avant de ressortir dans le froid glacial pour attendre un taxi durant parfois deux bonnes heures !).

Heureusement que les lecteurs sont là pour rattraper un peu le coup parce que, sinon, nous nous pendrions tous au faux plafond, à ce satané salon !

Lorsqu’il s’agit de microéditeurs, la donne est peut-être un peu différente car, à ce type de petits stands, généralement éparpillés sur les bords du hall, l’ambiance est plutôt familiale. Ce n’est pas du tout le cas sur les stands des grands groupes d’édition, qui passent contrat avec un libraire pour s’occuper des ventes de livres et des auteurs. Libraires qui refusent d’ailleurs de plus en plus souvent de fermer boutique durant plusieurs jours pour des raisons évidentes de rentabilité.

Voilà pourquoi on vous dit et répète qu’il est inutile d’apporter des manuscrits au salon du livre de Paris. Les éditeurs ne sont pas là, ou, alors, occasionnellement, si une interview ou l’accompagnement d’un « auteur star » l’exige. Quant à la soirée d’inauguration (réservée généralement aux professionnels et aux journalistes), vous pouvez l’oublier tout de suite, elle n’est pas faite pour ça !

Contrairement au salon de Francfort, en Allemagne, qui a lieu vers le mois d’octobre et réunit, lui, tout le gratin mondial de l’édition, le salon de Paris n’est que de la poudre aux yeux ; on n’y fait pas de business et personne (ou alors c’est vraiment anecdotique) n’y négocie de droits de traduction ou de contrats en tout genre.

stephenToutes ces raisons (coûts trop élevés, perte de temps, déplacement inutiles des auteurs, réticence des libraires, impossibilité de faire des affaires, etc.) font que de plus en plus d’éditeurs et d’auteurs à succès (que le public sollicite davantage pour des selfies ou des autographes que pour des dédicaces de livres) fuient le salon du livre de Paris, dont la fréquentation ne cesse de baisser. À 50 000 euros le stand, on comprend que Fayard et Stock, par exemple, préfèrent s’abstenir !

Peut-être est-il temps que la formule qui a fait le succès du salon à ses débuts (faire découvrir la littérature au grand public – qui, à l’époque d’Internet, des blogs, des forums, des réseaux sociaux, des salons spécialisés et des nouvelles techniques d’édition n’a pas franchement besoin qu’on le prenne par la main !) évolue. Et je me demande si les petits éditeurs et les futurs auteurs (ou les auteurs autoédités) ne pourraient pas devenir une piste intéressante à explorer.

Imaginons un instant un salon dédié à la microédition et à l’autoédition. Un salon où les lecteurs pourraient découvrir de vrais inédits et où des écrivains amateurs et des professionnels de l’édition auraient l’occasion de se rencontrer… Les éditeurs (petits ou non) pourraient venir faire leur marché auprès d’auteurs potentiels et les postulants écrivains, eux, auraient une chance de se faire publier.

Une VRAIE chance, s’entend.

Si, si, et je vais vous expliquer pourquoi.

S’il est vrai que, parmi des milliers de postulants auteurs se cache une poignée de futures vedettes, je peux vous assurer qu’après avoir parcouru des centaines et des centaines de manuscrits dont la seule qualité est de pouvoir être recyclés en pâte à carton, trois paragraphes de texte écrits correctement sauteraient à la figure d’un éditeur plus sûrement qu’un bouchon de champagne dans un lustre en cristal !

Une piste à explorer, donc, à mon sens.

Mais, en attendant ces grands changements, permettez-moi de vous donner un aperçu de ce qui vous attend (vous, les vedettes de demain qui passez, émerveillées, dans les allées) lors de vos futures dédicaces au salon du livre de Paris.

Quant aux vétérans comme moi… ça leur rappellera des souvenirs ! (Se rappeler des souvenirs… Ne serait-ce pas un pléonasme redondant, ça ? ^__-)

Ambiance, libraires, éditeurs, attachés de presse, confrères, journalistes, critiques… que du bonheur !

Mais si, puisqu’on vous le dit ! 

Salon du livre de Paris

1er roman

Salon du livre de Paris

3e roman

Salon du livre de Paris

10e roman

Plus qu’une semaine à attendre !

Je suis vraiment obligée d’y aller ?

Ah ! Nan… J’peux pas, j’ai piscine !

Woah ! Qu’est-ce qu’il a comme monde !

On est un peu à l’étroit, non ?

Bon sang ! Tu ne transpires pas, toi ?

Je suis si émue ! C’est la première fois que je dédicace dans un grand salon !

Si je pars un peu plus tôt, ça ira ? C’est à cause de taxis…

Ah, bon ? C’était hier ? Zut !

C’est impressionnant, ces piles de livres !

Vous êtes sûr qu’on a besoin d’autant de livres ?

Vous êtes conscient que je ne mesure qu’1m20, une fois assise ?

Non, non, c’est parfait, merci, ne vous en faites pas !

Vous n’auriez pas un endroit où mettre mon manteau ? Tant pis…

Bien sûr, que j’ai chaud ! Il fait 35 degrés et je porte un anorak !

On m’a dit le plus grand bien du nouvel attaché de presse !

Comment ça, sa soeur ?

Pistonné…

Je suis un peu en avance !

Nous avons tout le temps…

J’aimerais finir ma sieste !

Vous aussi, vous êtes un nouvel auteur dans la maison ?

Parlez-moi de vous !

T’es qui, toi ? Et qu’est-ce que tu fiches à ma table, d’abord ?

Moi aussi, je suis nouvelle, dans le milieu, c’est mon premier roman !

Vous allez beaucoup vous plaire, parmi nous, vous verrez !

Dans quelques années, tu vas pleurer ta mère…

Machin ? Je ne le connais pas encore, non.

Prévenez-moi dès que Machin sera de retour, surtout !

…que je me taille pour ne pas voir sa face de poulpe !

Le salon ne désemplit pas !

Il y a moins de monde, tout d’un coup, non ?

Je vais peut-être y aller, moi, hein ?

Non, non, je suis très bien installée, merci !

Ce sont les mêmes chaises que l’an dernier ? Vous êtes sûr ?

Deux heures là-dessus ? Vous plaisantez, j’espère !

Oh ! Là, là, je vais dédicacer à côté d’une star !

Il présente son dernier livre au salon ? Ah…

Changer de place, c’est possible ?

C’est un éditeur si gentil !

Un livre est un acte d’amour et de don de soi ? Si vous le dites…

Oh ! La vache, j’ai failli signer avec Forest Gump !

Vous ne venez pas à la soirée l’inauguration ? Quel dommage !

Une autre fois, peut-être ?

OUAIS ! Le père Noël a reçu ma lettre !

Vos lectrices vous adorent, on dirait !

Vous savez faire des efforts, vous, au moins !

Elle fouette, ton eau de Cologne !

Vous avez vu ? C’est Tartempion !

Je ne vous embrasse pas, j’ai la grippe…

Oh ! Merde… Non, pas lui !

C’est un honneur de dédicacer à vos côtés !

On va casser la graine?

Prends un cachou, tu pues du bec.

Mais vous en avez apporté pour un régiment !

Non, merci, je suis au régime.

Ils sont dégueu, vos petits fours surgelés !

Et… ça fait longtemps que vous avez arrêté l’athlétisme pour devenir auteur ?

Tiens, vous ici ! Encore…

Arrête d’écrire et retourne courir ; t’as pris du bide.

Je suis tellement nerveuse ! Je n’ai jamais dédicacé !

Quelle originalité dans vos dédicaces !

Glisse-y une capote et ton numéro de téléphone, tant que t’y es !

Je ne vous imaginais pas comme ça !

Toujours égal à vous-même, on dirait.

Sérieux… t’as toujours été aussi con ?

Vous êtes très dur, comme critique !

Comment ça « me couler comme une merde » ?

La merde ça flotte, abruti !

Alors, chers confrères ? Toujours en osmose ?

Vivement l’an prochain !
 :-D

Cristina Rodríguez

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