Io et les carpes

Io, bien connue des lecteurs des aventures de Kaeso, est une femelle léopard affectueuse et espiègle. Élevée parmi les chiens de la caserne prétorienne depuis qu’elle est bébé, elle se prend pour l’un d’entre eux, ce qui occasionne parfois quelques frayeurs. Un molosse qui bondit sur vous pour vous lécher la figure n’est déjà pas très rassurant, mais s’il s’agit, de surcroît, d’un léopard…

Outre sa tendance à vouloir sauter sur les genoux des humains et à leur ravager le visage à coups de langue, elle nourrit une passion toute particulière pour les poissons. Dans les riches villas romaines, il n’était pas rare de voir des carpes, et d’autres poissons, s’ébrouer dans les bassins d’agrément et comme tous les félins, Io est incapable de résister à la chasse et au jeu…

 » — Maîtresse ! Un fauve !

— Un quoi ? Je me précipitai dans l’atrium pour assister à un spectacle apocalyptique.

Plusieurs esclaves et serviteurs en livrée ocre, tremblants de tous leurs membres et armés de balais, de récipients, de lampes ou de tout ce qui avait pu leur tomber sous la main, s’aplatissaient contre les murs peints en trompe-l’œil qui entouraient le bassin de l’impluvium.

Plongé dans ce dernier jusqu’aux genoux, Acarius, toute dignité enfuie, suppliait Io, qui barbotait joyeusement au milieu des carpes, de bien vouloir recracher la touffe de poils grisâtres qu’elle tenait dans la gueule.

— Elle a poursuivi le chien, Maître ! cria-t-il pour couvrir les hurlements de Saturnia. Je n’ai pas pu la retenir !

— Il a mangé Apollon ! bramait la jeune femme. Mère, ce monstre a mangé Apollon !

Hildr poussa un long gémissement plaintif et se couvrit le visage des mains, consternée.

Je me dirigeai vers le bassin en adressant des gestes rassurants à tout ce monde.

— Elle n’est pas agressive. Pas de geste brusque. Restez calmes.

— Mais d’où sort cet animal ? s’enquit dame Olconia qui, bien que nerveuse, semblait plus amusée par le spectacle qu’inquiète pour sa sécurité.

— C’est Io, intervint ma mère, horriblement gênée par la pagaille que nous venions de semer. Mon époux l’a ramenée d’une campagne en Afrique lorsqu’elle n’était encore qu’un bébé.

— Elle a tué Apollon ! geignit de nouveau Saturnia.

— Io ne tue que si je l’y autorise, assurai-je. Io ! Ici ! ordonnai-je en désignant mes pieds. Tout de suite ! Martelai-je en voyant le regard du léopard se poser à tour de rôle sur moi et sur les carpes qui nageaient entre ses pattes, se demandant si le plaisir de tourmenter les poissons méritait la correction que je risquais de lui administrer.

Le chien, suspendu par la peau du cou entre les crocs acérés, n’osait esquisser un battement de queue.

Io inclina la tête sur le côté puis, d’un bond puissant qui provoqua un mouvement de recul des serviteurs et de Saturnia, sortit du grand bassin carré et s’ébroua pour chasser l’eau de son pelage tacheté.

— J’ai dit : ici ! maugréai-je en tapant du pied sur les mosaïques noires et blanches.

Elle laissa échapper un petit feulement contrarié et s’assit devant moi, tête haute, mais sans desserrer ses robustes mâchoires.

— Io…, menaçai-je.

Avec une mauvaise volonté évidente et sans consentir à se baisser d’un pouce, elle recracha la touffe de poils qu’elle tenait dans la gueule. Le chien s’écrasa sur les mosaïques avec un couinement pathétique avant de filer vers sa maîtresse en jappant.

— Elle est devenue à demi folle en voyant passer le chien, maître ! s’excusa le pauvre Acarius en sortant de l’impluvium. Vilaine fille !

— Quelle bête superbe ! s’extasia dame Olconia, qui avait enfin osé s’approcher. Puis-je ?

Elle tendit prudemment la main vers la tête tachetée et Io accepta la caresse avec un ronronnement, pour la plus grande joie de la patricienne, qui s’accroupit à côté d’elle pour lui gratter le front entre les deux yeux et lui chatouiller les moustaches.

— Dame Olconia, non ! voulut la prévenir ma mère. Ne faites pas ç…

Io éternua à la figure de notre hôtesse, la couvrant d’eau et de bave. L’une se raidit, dégoûtée, et l’autre se figea, la truffe morveuse, bien consciente à voir ma mine déconfite qu’elle venait de faire une bêtise, mais laquelle, ça… »

 

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En l’an 31 de notre ère, l’empereur Tibère, désabusé et las des intrigues de Rome, se retire à Capri. Une fin de règne délétère commence, sur laquelle plane l’ombre du terrible Séjan, préfet du prétoire, à qui Tibère a confié le pouvoir, et dont l’ambition est sans limite…

 

 

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